Bons baisers de Leeuwarden

Penser l'après Bourges 2028

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Voyage à Leeuwarden


Avril 2026 – Emma Pascal-Heyer, Responsable du pôle des publics

Je reviens de Frise, aux Pays-Bas, avec du gouda, un peu de réglisse… et une idée plus nette de ce que veut dire « héritage » pour une Capitale européenne de la Culture. 

Une Capitale européenne de la Culture n’est pas un sprint comme on le pense souvent. C’est une graine que l’on sème, un arbre que l’on plante et qui prend racine.

Et à Leeuwarden, on peut dire que cette analogie a été prise au pied de la lettre. En 2018, lors de son année-titre, la ville a donné vie à une forêt en mouvement avec le projet Bosk : des arbres déplacés à travers la ville, portés par les habitants,à la force de leurs bras. 

C’est pour comprendre cette force que je me suis rendue en Frise. Avec la Région Centre-Val de Loire, nous travaillons aux côtés de nos sœurs européennes – Évora 2027, Chemnitz 2025, Oulu 2026, Veszprém 2023, Tartu 2024, Novi Sad 2022, Liepāja 2027 – autour d’une question cruciale : que doit-il rester une fois les projecteurs éteints ?

À Leeuwarden, la réponse tient en un mot : Mienskip. La communauté.

Pendant deux jours, de la Sluisfabriek à Drachten au musée de Joure, nous avons exploré les différentes facettes de la « legacy ». C’est d’ailleurs à Joure, face aux mécanismes complexes des horloges traditionnelles, qu’une évidence m’est apparue : l’héritage d’une Capitale, c’est une mécanique de précision.

Le rôle d’une CEC est d’être cet artisan qui relie chaque pièce, chaque talent du territoire. Le programme de l’année-titre en est le moment clé : celui où tout se met en mouvement.
Mais l’enjeu, c’est qu’une fois 2028 passée, le mouvement continue et que le territoire continue d’avancer, ensemble. 

Une image m’est restée, partagée lors des échanges : celle de l’œuf.
« Si on le brise de l’extérieur, la vie s’arrête ; s’il s’ouvre de l’intérieur, la vie commence. Great things always begin from inside. »

Cette phrase fait le lien avec notre philosophie à Bourges. Pour que l’horloge dure, l’impulsion doit venir du cœur de l’œuf. L’héritage n’est pas ce qui subsiste par hasard après la fête, mais une transformation que l’on construit dès aujourd’hui, de l’intérieur. L’impact est visible, immédiat – c’est l’étincelle de l’année titre. L’héritage, lui, est plus discret : c’est ce qui transforme durablement le paysage, une fois le calme revenu.

De ces échanges, je retiens une chose : réussir l’héritage d’une Capitale européenne de la Culture demande d’embrasser autant nos réussites que nos doutes. Ce n’est pas une stratégie sur le papier, mais une dynamique « pour tous et par tous », qui doit s’ancrer partout – jusqu’à devenir une évidence collective : celle d’appartenir à un territoire qui a osé.

« A dot on the horizon is needed every time », nous a-t-on répété.
Ce point à l’horizon, c’est la capacité à regarder bien au-delà de 2028. Je repars avec la conviction que ce titre fera rayonner nos rues et nos habitants pour longtemps. Parce que c’est ensemble, de l’intérieur, que se construit la force d’un territoire.