Le 11 septembre, 180 personnes se sont retrouvées au théâtre Jacques-Cœur pour une conversation entre Rose Lamy et Nora Hamadi. Un échange qui a notamment permis de questionner les frontières que l’on pose entre les territoires et les expériences sociales, et ce qui peut, au contraire, les rapprocher.
Pourquoi réunir Rose Lamy et Nora Hamadi ? Parce que leurs ouvrages, leurs parcours et leurs réflexions se répondent. Mais surtout parce qu’une même question traverse leurs travaux : qu’est-ce qui nous rapproche lorsque les récits médiatiques, politiques ou sociaux tendent à nous distinguer ?
Des territoires que l’on oppose, des expériences qui se ressemblent
Pour Nora Hamadi, venir à Bourges était l’occasion d’explorer les liens entre des territoires que l’on décrit souvent comme éloignés. Elle souligne la difficulté des mots utilisés pour parler de ces espaces – « province », « périphéries », « ruralité » – qui finissent parfois par désigner tout ce qui n’est pas Paris.
Elle fait notamment le parallèle entre ce regard porté sur Bourges et le Berry et celui qui peut être porté sur les quartiers populaires. Deux espaces que les représentations dominantes tendent à opposer, alors que leurs habitants peuvent partager des expériences communes.
« Il y a finalement plus de choses qui nous lient que de choses qui nous fracturent. » – Nora Hamadi
Derrière ces catégories géographiques, Rose Lamy et Nora Hamadi invitent ainsi à regarder ce qui se joue dans les trajectoires individuelles : les milieux sociaux, les héritages, les conditions dans lesquelles on grandit et les expériences que l’on partage parfois sans le savoir.
Remettre la classe sociale au centre
Au fil de la conversation, une notion revient avec force : la classe sociale.
Pour Nora Hamadi, elle constitue une grille de lecture essentielle pour comprendre les rapprochements possibles entre des personnes que l’on présente souvent comme appartenant à des mondes différents. « Les gens des tours » et « les gens des bourgs » sont ainsi régulièrement opposés, alors que leurs expériences peuvent se rejoindre lorsqu’on regarde leurs conditions sociales.
Cette question fait également écho au travail de Rose Lamy autour du mépris de classe et des injonctions à se conformer à un modèle pour être accepté. Une expérience que Nora Hamadi rapproche d’autres mécanismes d’assimilation et d’intégration vécus par les personnes issues de l’immigration.
Dans les deux cas, la même question apparaît : que faut-il abandonner ou transformer de soi pour pouvoir trouver sa place dans un espace qui ne nous était pas destiné ?
Se rencontrer pour déplacer les récits
Mais « Ce qui nous lie » ne cherche pas seulement à identifier ce que les personnes ont en commun. Le rendez-vous porte aussi une conviction : la rencontre et la discussion peuvent permettre de sortir des catégories dans lesquelles on nous enferme.
Dans un contexte où les échanges publics sont souvent construits autour de la confrontation, Rose Lamy et Nora Hamadi défendent ici un autre espace : celui d’une conversation qui prend le temps de faire dialoguer des expériences différentes.
La rencontre à Bourges en est un exemple. Les deux intervenantes partagent de nombreux constats, mais viennent de territoires et de parcours différents. Leur échange montre que cette distance est parfois moins importante qu’on ne le pense.
Et que les points communs peuvent être très concrets : une enfance, des références culturelles, des expériences sociales, des souvenirs… autant d’éléments qui peuvent créer des rapprochements là où les discours publics installent de la distance.
C’est peut-être là que se situe le cœur de « Ce qui nous lie » : créer des espaces où l’on prend le temps de se rencontrer, de s’écouter et de regarder autrement ce que l’on pensait connaître de l’autre.
Prolonger cette soirée par une rencontre avec les lecteurs
Animée par Marie-Claire Raymond, journaliste au Berry Républicain, la conversation s’est poursuivie dans le hall du théâtre autour d’une séance de dédicace avec Rose Lamy, au lendemain de la sortie en bande dessinée de En bon père de famille.
Une soirée placée sous le signe de la discussion, de la rencontre et de ces liens que l’on découvre parfois là où on ne les attendait pas.
Merci à Rose Lamy, Nora Hamadi, Marie-Claire Raymond et aux 180 personnes présentes pour cette édition spéciale de « Ce qui nous lie ».