Février 2026 – Frédéric Hocquard, Délégué général
En 2026, la ville de Trenčín, en Slovaquie, porte le titre de Capitale européenne de la Culture. Cette fois, c’est à l’est de l’Europe que les choses se passent.
Pour moi, c’était une première. Je ne connaissais pas la Slovaquie (à part une visite alors que je n’étais qu’un lycéen, juste avant la chute du Mur). Dans l’imaginaire occidental, elle demeure souvent associée à un « Est » flou, entre Carpates et frontières ukrainiennes, nourri de représentations littéraires parfois rudes et sauvages. À cela s’ajoutait un contexte politique préoccupant : le pays est dirigé par Robert Fico, figure nationaliste aux positions clivantes et aux proximités assumées avec Vladimir Poutine ou Donald Trump. Je me demandais comment l’équipe de Trenčín 2026 réussirait à incarner les valeurs fondatrices d’une Capitale européenne de la Culture : liberté de création, diversité, ouverture européenne.
Les cérémonies d’ouverture sont toujours des moments hautement symboliques, où l’histoire et le politique s’entrelacent. Je gardais en mémoire Marseille 2013 et son plaidoyer pour l’exception culturelle, ou plus récemment Chemnitz 2025, marquée par un vibrant appel au vivre-ensemble dans une ville traversée par les tensions de l’extrême droite.
C’est avec ces interrogations que j’arrivais à Trenčín. Et je dois le dire sans détour : j’ai assisté à une belle réussite.
Le premier moment auquel j’ai assisté fut le temps protocolaire. Le maire y prononça un discours profondément pro-européen, n’oubliant pas de citer la cause ukrainienne, et concluant par ces mots :
« Je suis convaincu que le titre de Capitale européenne de la culture rapprochera non seulement Trenčín et notre région, mais aussi toute la Slovaquie, des valeurs d’humanité, de vérité, de respect, de bienveillance et de liberté. »
La ville était en fête. Food-trucks aux spécialités locales (pirohy, saucisses et autres douceurs) loin des sempiternels hamburgers trop souvent imposés dans ce type d’événements. Découverte aussi de l’œuvre de Stano Filko, peintre slovaque que je ne connaissais pas dont l’usage de la couleur m’a particulièrement frappé.
La cérémonie, en plein centre-ville, rythmée et généreuse, mêlait danses, musiques traditionnelles et formes contemporaines, sans folklore appuyé. Et impossible de ne pas évoquer les bénévoles. Cinq cents bénévoles – pour une ville de cinquante mille habitants – accueillaient les visiteurs avec une énergie remarquable. Ils avaient même rédigé un manifeste, lu en clôture de la cérémonie par le directeur général de Trenčín 2026, l’excellent Stani. Un texte vibrant, porté par des valeurs d’humanité, citant Marc Aurèle, empereur romain, philosophe, et fondateur de la ville : « Où que vous puissiez vivre, vous pouvez vivre bien. » – Une phrase qui résonne particulièrement dans une Europe aujourd’hui traversée par les tentations du repli.
La soirée se prolongea tard dans la nuit, dans des temps plus festifs (on ne se refait pas). Un concert d’un groupe de rock allemand, un peu trop viriliste à mon goût, puis celui d’un duo électro français, No Sex Last Night, joyeux et entraînant, vinrent conclure la journée.
Le lendemain, après un réveil un peu tardif, halte à Teplice, célèbre station thermale voisine, sous la neige. Architecture soviétique des années 1960 et hôtels élégants du début du XXᵉ siècle composaient un décor presque irréel. Parenthèse au spa – ce qui m’a permis de vérifier qu’aucun fantôme ne hantait réellement les lieux et de me remettre des excès de la veille.
Je quittai Trenčín avec une conviction renforcée : une Capitale européenne de la Culture n’est jamais un événement neutre. C’est un acte profondément politique. Un espace où s’affirment des combats pour la liberté, l’émancipation et une Europe ouverte.
Ce que Stani et son équipe ont su incarner avec force.
Une expérience inspirante. Et précieuse, à l’approche de 2028.