Février 2026 – Pascal Keiser, Commissaire général
Bruxelles-Berlin-Prague
Pour cette mission à Budweis 2028, je suis parti en train de Bruxelles, en prenant le Bruxelles-Prague, départ 19h22 de Bruxelles Midi et arrivée à Prague à 10h50 le lendemain via Amsterdam et Berlin. Une manière d’expérimenter la proposition de voyage bas carbone de Bourges 2028.
Voyager en train de nuit couchette amène une autre temporalité, un rapport différent aux autres voyageurs, au paysage. Cet arc Bruxelles-Prague parcourt des villes charnières de l’Europe de l’ouest et de la Mittel Europa. Ce voyage – car c’est un voyage pas, un déplacement en avion – permet de faire des réunions dans les villes intermédiaires puisqu’on y arrive simplement en centre ville.
Prague
Arrivé à Prague, j’ai pu profiter de diverses réunions avec l’Institut Français, la responsable de la plateforme danse de Prague, et par le biais d’un ami commun, une rencontre au Sénat avec un acteur important de la révolution de velours en 1989, artiste et metteur en scène de théâtre, Bretislav Rychlik, aujourd’hui sénateur, ami de Havel et de Koudelka.
Pourtant, Prague et la Tchéquie représentent autre chose pour moi : c’est là où mes engagements européens sont nés, tout début 1990, en janvier, quelques semaines après la révolution de velours.
Et puis, lors de mon déplacement, en remontant les marches juste devant le théâtre national ce mardi de février 2026 pour entrer au Slavia – café où toute la jeunesse, les artistes et les intellectuels de la révolution de velours étaient – je repense à ces moments, je vois une autre jeunesse, libre, indépendante. Parfois insouciante. Il ne faut pas oublier l’histoire, le courage, les valeurs européennes qui ont permis ce qui aujourd’hui apparaît comme acquis et évident.
České Budějovice
České Budějovice est à 1h30 de Prague, dans une région rurale de la Bohême du Sud, proche de la frontière autrichienne. C’est une ville dont l’histoire s’est construite par des croisements de populations allemandes (d’où son autre nom Budweis), autrichiennes, juives et quelques autres. Une ville dont la notoriété internationale est aussi liée à la bière – la Budweiser. Ici, le centre ville historique est très beau, une place centrale avec des bâtiments aux façades pastels, il y a un peu d’Italie dans les galeries couvertes des rues avoisinantes.
À Budweis, je suis venu pour une première grande réunion de travail sur nos projets communs, puisque nous serons les deux villes Capitales européennes de la Culture en 2028, avec Skopje (Macédoine du nord). Ville confluence de deux rivières, où il y a beaucoup d’eau, de parcs, Budweis 2028 a construit un projet participatif autour du thème PermaCulture, de la ruralité qui entoure la ville – nous avons donc beaucoup à échanger et à construire avec Bourges 2028.
Ici, l’infrastructure culturelle n’est pas simple pour nos collègues. Le South Bohemian Theatre, grande maison de production de théâtre, d’opéra et de danse à l’allemande, avec beaucoup de salariés, n’a ni lieu de travail, ni de répétition, ni de diffusion correct. Pourtant, elle développe un très grand festival d’été, « South Specific », qui dure 4 mois et essaime dans toute la région et la ruralité. Inspirant !
Il n’y a pas non plus de musée ou de centre d’art contemporain. Le challenge du projet est donc important pour amener la culture contemporaine et l’Europe là où elles ne sont pas. Nous avons beaucoup en commun.
Trois journées de travail intenses qui nous rapprochent, et se terminent par une discussion sur mai 68 à Budweis, là où la dernière radio régionale a pu émettre sur toute la Tchécoslovaquie avant que les chars russes n’arrivent plus tard qu’ailleurs car les habitants avaient trafiqué les panneaux de signalisation. Les Tchèques et les habitants de Bohême ont de l’humour, mais surtout du courage et l’expérience de l’histoire dont certains politiques à l’ouest devraient s’inspirer.