La manufacture de draps Balsan représente un ensemble industriel emblématique du XIXᵉ siècle, indissociable de l’histoire drapière de Châteauroux, implantée depuis le Moyen Âge dans la vallée de l’Indre. Cette usine d’ampleur, construite à l’initiative de Pierre Balsan de 1861 à 1869 sur un site de 40 ha, est l’œuvre de l’architecte castelroussin Alfred Dauvergne, qui venait déjà de livrer une des plus grandes usines de France, la Manufacture des tabacs, qui servira de modèle en France pour la Régie nationale. Devenue en 1912 « Société Anonyme des Établissements Balsan », elle fabrique alors principalement du drap cardé destiné à la conception d’uniformes dont le célèbre « bleu horizon » des poilus de la Grande Guerre. Après le déclin progressif des activités industrielles amorcé dans la seconde moitié du XXe siècle, les établissements Balsan furent partiellement démantelés avant d’être rachetés par la Ville de Châteauroux en 1988. Dès les années 1990, la municipalité a entrepris un vaste projet de reconversion urbaine. Les orientations de ce programme sont sensiblement modifiées en 1996, à la suite de l’inscription de l’ancienne manufacture, des châteaux Tour et Rivière ainsi que de leurs annexes à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Le site constitue aujourd’hui un espace patrimonial remarquable en pleine reconversion, situé aux abords immédiats des milieux naturels protégés longeant les rives de l’Indre. Cette photographie de Jules Dorsand (1851-1935) est issue d’un reportage, réalisé en 1910 pour le cinquantième anniversaire de l’établissement, commandé par les Etablissements Balsan pour faire la promotion de cette usine d’une grande modernité et en faire connaître tout le processus de production par atelier. Les clichés de ce reportage seront largement diffusés sous forme de cartes postales.
Carte postale ancienne non datée – J. Alary édit. Châteauroux. Copie issue du fonds Jean-Claude Portrait – Archives municipales de Châteauroux.
Le Poinçonnet. Famille de charbonniers devant leur Loge.
Non daté.
En forêt, le métier de charbonnier consistait autrefois à transformer le bois en charbon de bois. Les buches étaient disposées en cercle autour de longs pieux pour former un monticule, une « meule », ensuite recouvert de feuilles, de mousse et de terre. Le bois y cuisait à l’étouffée. La meule nécessitait une surveillance constante et le charbonnier vivait à côté dans une hutte, appelée « loge », faite de branchages et de terre. La loge pouvait abriter une famille entière, pendant plusieurs mois, la saison de charbonnage durant du printemps à l’automne. Le charbon de bois produit en forêt domaniale de Châteauroux – qui occupe plus de la moitié du territoire (2 500 ha) de la commune du Poinçonnet – servait aux 17e et 18e siècles à alimenter les trois forges de Clavières, dont celle de l’Isle au Poinçonnet, qui constituèrent l’un des plus grands ensembles sidérurgiques français. Créées en 1666, par les princes de Condé, les forges produisaient dans leurs hauts-fourneaux un fer réputé destiné à la Marine royale. Leur production décline au cours du 19e siècle, face aux quantités insuffisantes de charbon de bois et à la concurrence des hauts-fourneaux alimentés par la houille, le charbon de terre. Les forges ferment définitivement en 1874. Avec cet arrêt des haut-fourneaux, à l’appétit vorace en matière de bois de chauffe, l’exploitation du bois en forêt domaniale va prendre une tout autre direction créant une nouvelle filière industrielle.
Fonds Claude Richoux, document non daté, acquisition septembre 2021
Vierzon. L’industrie à Vierzon.
99_FI_42_006, La Fonderie et le Bassin de l’Yèvres
En 1776, le comte d’Artois, frère du roi Louis XVI, devient apanagiste du domaine royal de Vierzon. Pour faire fructifier son importante forêt, ses administrateurs lui proposent de créer une « grosse forge » à l’Est de la ville. L’eau de l’Yèvre comme force motrice, le bois comme combustible et le minerais de Sologne augurent une industrialisation précoce de Vierzon, avant la Révolution française. Tournée vers l’armement pendant l’Empire, de nouveaux débouchés sont trouvés : plaques d’acier pour les chantiers navals, rails pour le chemin de fer qui se développe. Elle sera radicalement transformée en 1852, devenant une tréfilerie pointerie qui perdurera jusqu’en 1978, année de sa fermeture.
Synthèse
Le développement de l’industrie en France n’a pas commencé avec la révolution industrielle.
Son évolution au XIXe siècle s’est faite de façon bien plus progressive que les bouleversements soudains qui ont marqué la société d’Outre-Manche. Malgré tout, le contexte global a connu durant cette période de grands changements, et les lieux de production ont dû s’adapter au nouveau cours de l’histoire.
Le XIXe est un siècle où de nombreuses usines sont construites, avec une ampleur inédite comme dans le cas de la manufacture Balsan, à Châteauroux, qui devient un exemple architectural. Bien que de grandes infrastructures industrielles existaient déjà avant le tournant du siècle, ces établissements anciens doivent s’adapter aux besoins de cette nouvelle époque. Ainsi, les forges de Vierzon changent radicalement de production à plusieurs reprises, et la consommation nouvelle et massive de houille ébranle jusqu’aux ouvriers les plus modestes de la production de charbon de bois, comme les charbonniers du Poinçonnet qui doivent s’adapter à la fermeture des anciennes forges.
Ces changements, bien sûr, marquent les territoires et leurs habitants. Ces documents photographiques montrent quelle apparence pouvait avoir la vie à cette époque, mais ils ne doivent pas être considérés comme des documents isolés. C’est par l’identification des fonds d’archives auxquelles ils sont rattachés, et l’analyse détaillée de l’ensemble des documents qui les composent, que l’on peut mieux comprendre les évolutions des façons de vivre, et ce, grâce au travail des archivistes, même deux siècles plus tard.