Bourges. Sortie des ouvriers de l'Atelier de Construction d'Artillerie.
Carte oblitérée le 24 avril 1917, 2fi102
Impossible de connaître la date exacte à laquelle la photo décorant cette carte postale a été prise, mais la date d’oblitération et le sujet représenté évoquent une période lourde d’histoire.
L’Atelier de Construction d’Artillerie des Établissements militaires de Bourges est construit en 1866. L’artillerie devient alors un élément majeur de l’activité berruyère, accompagné par l’implantation progressive d’une école d’artillerie, d’un polygone de tir, d’une usine de munitions et de casernes. Cette importante activité est portée par une population militaire, mais aussi ouvrière.
La Première Guerre Mondiale va provoquer un développement fulgurant de cette industrie militaire pour répondre aux besoins du front. Les effectifs passent de quelques centaines d’ouvriers début 1914 à plus de 8 000 en 1918. Au total, ce sont près de 23 000 personnes qui travailleront pour l’industrie de l’armement berruyère à cette époque. Un tel rassemblement de population nécessite d’importants travaux d’aménagement pour subvenir aux besoins des ouvriers et de leurs familles. Les établissements militaires sont également agrandis pour augmenter la cadence de production. Pour permettre cette extension d’un bâtiment au cœur des quartiers ouvriers, une grande vague d’expropriation est lancée en 1915. Un nouveau quartier de construction provisoire apparaît alors pour accueillir les flux de populations. Elles seront remplacées par de vrais bâtiments après la guerre.
Au cours de cette période, la population berruyère subit un grand bouleversement. Ainsi, alors qu’on recense environ 45 000 habitants en 1911 et 1921, on en compte jusqu’à 100 000 pendant la guerre. L’activité industrielle jusque-là au cœur de la ville s’arrête après la guerre. De nombreux ouvriers quittent la ville pour trouver du travail ailleurs, et les Ateliers de Construction diversifie leurs activités pendant la période de calme qui durera jusqu’en 1937.
Blois. Sortie de l’usine Rousset, avenue Victor-Hugo.
Fin XIXe-début XXe siècle, 2 Fi 695
Au milieu du XIXe siècle, Blois n’est pas une grande ville industrielle. La fabrication de chaussures y prend néanmoins une place croissante, avec l’apparition de plusieurs ateliers et manufactures. La plus importante est fondée en 1852 par Louis-Edmé Rousset et ses associés, dans un atelier situé place du Château. L’entreprise se distingue par la division du travail et l’introduction progressive de la « fabrication à la mécanique ». Le cordonnier, qui réalisait jusque-là seul l’ensemble d’une chaussure, cède la place à des ouvriers spécialisés dans la coupe, le piquage, le montage, la couture, le talonnage ou le finissage.
En 1866, la manufacture s’installe dans une nouvelle usine construite près de la gare, avenue de l’Embarcadère, devenue ensuite avenue Victor-Hugo (actuelle avenue du Docteur-Jean-Laigret). La mécanisation et la division du travail permettent d’augmenter fortement la production et les effectifs. À la fin du XIXe siècle, Rousset est la principale fabrique de chaussures de Blois.
Cette carte postale, datée de la fin du XIXe, représente les ouvriers à la sortie des ateliers. La foule est principalement composée d’hommes, mais on distingue également des femmes et quelques jeunes travailleurs. Les femmes sont notamment nombreuses dans les ateliers de piqûre, où elles travaillent sur des machines à coudre. Vers 1900, elles représentent environ 30 % des effectifs de l’entreprise. Des enfants sont encore employés : en 1901, plusieurs salariés ont seulement treize, quatorze ou quinze ans.
Les conditions de travail restent difficiles : journées longues, salaires modestes et rémunération à la pièce pour certaines tâches. En décembre 1892, les ouvriers de Rousset se mettent en grève afin d’obtenir de meilleurs salaires. Suivi par plusieurs centaines de personnes, le conflit dure plus d’un mois et constitue l’une des principales grèves ouvrières de l’histoire blésoise.
Cette photographie témoigne ainsi à la fois de l’importance économique de la manufacture Rousset et de la place occupée par ses ouvriers dans la société blésoise au tournant du XXe siècle.
Châteauroux. Manufacture des Tabacs.
En 1910 – 48Fi1421
De 1857 à 1998, la Manufacture des tabacs de Châteauroux a été l’un des fleurons industriels qui a marqué la vie des castelroussins.
Avant de confirmer la construction d’une manufacture à Châteauroux, l’administration de la Régie nationale a mis en œuvre en 1857 des ateliers provisoires qui employèrent déjà 800 ouvrières.
Le comte Eugène de Bryas, député de l’Indre, interviendra énergiquement pour promouvoir dès 1853, l’installation d’une nouvelle manufacture des tabacs à Châteauroux. L’architecte castelroussin, Alfred Dauvergne (1824-1885) est l’artisan de cet édifice qui servira de modèle aux futures constructions de la Régie nationale des Tabacs.
Châteauroux est alors favorisée par l’arrivée en 1847 d’une ligne de chemin de fer (Paris-Orléans-Toulouse) qui promet une large diffusion régionale et nationale de la production de la Régie. Répartie sur 3 hectares, à proximité de la voie ferrée, la construction des 9 bâtiments de cet immense chantier commencé en 1858, se terminera à la fin de l’année 1861.
Plus de 1500 ouvrières (90% des effectifs) étaient ainsi employées à la fabrication des cigares, dans les années 1880. Engagées très jeunes et soumise à un long et difficile apprentissage, elles effectuaient toutes les opérations, depuis la préparation des feuilles de tabac jusqu’à l’empaquetage des cigares et de la poudre à priser, dans de vastes ateliers occupant 200 à 300 ouvrières.
La principale production de la Manufacture était le cigare jusqu’en 1951. Autre production, le « Scaferlati », tabac finement haché à partir d’un mélange de feuilles de différentes provenances. Ce paquet de tabac « gris » fut longtemps le plus demandé des produits de la Manufacture qui cessa sa production en 1952, pour se consacrer exclusivement à la fabrication de cigarettes.
Spécialisée dans la fabrication des cigarettes brunes, notamment des fameuses « Gauloises » et « Gitanes », elle va subir la baisse de la consommation de ces produits au profit des cigarettes blondes américaines. Le site sera fermé en 1998.
Aujourd’hui le site a été reconverti en un pôle tertiaire (Centre Colbert).
Cette photo est issue du fonds de la collection de 10 000 cartes postales de Jean-Claude Portrait léguée aux Archives de la Ville de Châteauroux en avril 2022.
Synthèse
L’histoire XIXe siècle est marqué par l’industrialisation, qui se développe en France à partir des années 1840. Dans les décennies qui suivent apparaitront de nombreuses usines, ateliers ou manufactures, accompagnés par une évolution de la classe ouvrière.
Cette révolution des moyens de production est aussi une révolution des enjeux économiques, et les usines deviennent rapidement des centres importants d’activité professionnelle, et dans la vie des populations. À Châteauroux, on voit la difficulté de l’apprentissage dans la manufacture de tabacs, et l’âge très jeune d’embauche pour les employés révèlent des conditions de travail difficiles. La rigueur nouvelle des conditions de travail industrielles entraîne souvent de forte tension entre les ouvriers et le patronat, qui résultent souvent en grèves impressionnantes comme à la fabrique de chaussure de Blois. À Bourges, lors de la Première Guerre Mondiale, l’évolution des cadres de vie dépasse l’usine pour affecter l’ensemble du développement urbain.
L’industrialisation et les bouleversements économiques et sociaux qu’elle a provoqué ont marqué l’histoire du monde depuis le XIXe siècle. Les archives de chaque ville permettent de mieux comprendre ces changements qui marquent une relation unique à l’industrie au cours de l’histoire, et de voir l’impact universel de ces nouvelles formes de production sur la vie des populations et des territoires.