Octobre 2026

Les Archives de la Matrice

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Photographie : L’entrée de la l’usine de la Société Industrielle Pour la Rayonne à Avignon (SIPRA) lors d’inondations spectaculaires. 1954 ou 1955. négatif souple, Maurice Costa. AMA 182Fi687/10

Avignon. Usine de soie artificielle durant des inondations.

Milieu des années 1950 – 182Fi687/10

On oublie parfois qu’Avignon fut, elle aussi, une ville d’usines. Quelques traces subsistent, mises en valeur par l’Association pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine industriel en Vaucluse depuis les années 1980. Les Archives de la Ville disposent de trop peu de sources photographiques et documentaires sur l’histoire industrielle avignonnaise.

En contre-bas de la digue de la « route touristique du Dr Pons », à l’extrémité du parking des Italiens bien connu des festivaliers, se trouvent les vestiges d’un vaste espace industriel. Ces bâtiments présentent une forme caractéristique, avec leurs toits en sheds, en « dents de scie ». La SIPRA (Société Industrielle Pour la Rayonne à Avignon) s’est installée dans le quartier Bonaventure en 1924. Elle a été bâtie non loin du Rhône, qu’elle utilisait pour l’évacuation de ses déchets. Elle a employé jusqu’à plus de 700 personnes à la fois pour fabriquer de la soie artificielle. L’usine de rayonne a cessé sa production à la fin des années 1950, supplantée par le nylon. Ce site industriel a accueilli plus tard la Société industrielle de résine et plastiques, puis une unité de fabrication des Plâtres Lafarge jusqu’en 1998. L’ensemble bâti a ainsi constitué le cadre quotidien de générations d’ouvriers, à la fois lieu de travail et élément du paysage avignonnais.

La photographie de presse de Maurice Costa est la seule image de l’usine en activité identifiée aux Archives d’Avignon. Celles-ci détiennent en revanche une série de photographies consacrées à la démolition de la cheminée de l’usine, elle aussi « typique », en 1985. Les inondations ont été l’occasion de campagnes de prises de vue inédites. Elles nous permettent aujourd’hui, au-delà des catastrophes naturelles, de nous représenter des paysages urbains très peu documentés par ailleurs. 

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Vue a érienne des usines Poulain. Carte postale, cliché R. Henrard, éditions Valoire.

Blois. La chocolaterie Poulain.

Années 1960 – 5Fi786.

Fils de paysan, natif d’un village proche de Blois, Auguste Poulain (1825-1910) âgé de 13 ans monte à Paris et apprend le métier de chocolatier.

De retour en 1848, fort de son expérience, il ouvre sa boutique dans le centre de Blois.

Remportant un vif succès, il fait construire en 1860 l’usine de la Villette sur les hauteurs de la ville où il installe des ateliers de dressage, pliage et expédition ainsi que des machines pour la torréfaction et le broyage.

Acteur de la révolution industrielle, il mécanise la production pour baisser les coûts et transforme le chocolat, alors médicament pour privilégiés, en produit gourmand accessible à tous.

Précurseur, il mise sur la qualité, la diversification et déploie un marketing novateur : publicité comparative (« Goûtez et comparez ») et célèbres images glissées dans les tablettes qui font la joie des enfants.

Jusque dans les années 1990, les usines Poulain (aujourd’hui rachetées et délocalisées) accompagnaient le quotidien des habitants : jusqu’à 1 300 employés, sonneries de début et fin de journée, visites scolaires ou effluves chocolatées qui se répandaient sur la ville par vent d’ouest marquent la mémoire nostalgique de nombreux Blésois.

Aujourd’hui le site a laissé place à un quartier universitaire où, dorénavant, étudiants et passants peuvent circuler dans la Rue de la Chocolaterie ou traverser la Place Auguste Poulain.

Quant aux bâtiments d’origine, ils sont désormais classés aux Monuments historiques.

La présence des usines Poulain au premier plan d’une carte postale de Blois atteste de son implantation majeure dans la vie économique et témoigne également de son impact dans l’histoire des habitants en demeurant un symbole indélébile de l’identité blésoise.

Chateauroux_64S14-1
Manufacture Balsan. Vue d’ensemble. Photo : Jules Dorsand - 1910

Châteauroux. Manufacture de draps Balsan.

En 1910 – 64S14-1

La tradition drapière à Châteauroux est ancienne. L’emplacement prévu pour recevoir l’ensemble des bâtiments de la manufacture de draps Balsan se trouve sur un site de l’ancienne manufacture royale de draps, créée en 1751 dans les dépendances du château du parc, à l’ouest de la ville. En 1861, Pierre Balsan rachète cet ensemble et lance sa reconstruction dans le but de moderniser et d’augmenter la production drapière locale, avec l’ambition d’atteindre 1 500 mètres de drap par jour. La mécanisation des procédés de fabrication constituait le fondement de la modernité de ce projet. Pour le mener à bien, Pierre Balsan fit appel à l’architecte castelroussin Alfred Dauvergne, qui venait d’achever la manufacture des tabacs. L’usine fut pensée pour regrouper l’ensemble des opérations de production sur un seul site de 11 hectares, à proximité de la rivière, avec une organisation horizontale des espaces structurée autour du cycle de fabrication. La conception architecturale de l’usine introduit les sheds, toits asymétriques à deux versants d’inclinaisons différentes, la partie la plus inclinée étant orientée au nord. Cette configuration d’origine anglaise fournit aux ateliers un éclairage naturel optimal toute la journée. La construction de ce complexe industriel s’achèvera en 1869. Il va donner à la ville de Châteauroux une dimension nationale dans la production lainière et une image de marque de modernité profitable au développement de ville.

Cette photographie de Jules Dorsand (1851-1935) est issue d’un reportage, réalisé en 1910 pour le cinquantième anniversaire de l’établissement, commandé par les Etablissements Balsan pour faire la promotion de cette usine d’une grande modernité et en faire connaître tout le processus de production par atelier. Les clichés de ce reportage seront largement diffusés sous forme de cartes postales.

Synthèse

Nous l’avons vu précédemment, le développement de l’industrie au cours du XIXe siècle s’est accompagné de changements majeurs dans les modes de vie des populations. L’un de ces changements, le plus frappant peut-être, est la construction de grandes usines qui concentrent l’activité économique des communes, employant souvent plusieurs centaines d’ouvriers.

Ces bâtiments obéissent à de nouvelles logiques de production ; ils doivent donc être conçus selon de nouvelles logiques d’architecture. On voit entre autres apparaitre les toits en « sheds », conçus pour permettre une bonne luminosité dans les très grands espaces des ateliers, ainsi que les hautes cheminées si reconnaissables.

Malgré leur importance dans l’espace urbain, ces paysages typiques de leur époque ne sont pas toujours rigoureusement documentés. Bien que dans certains cas, les bâtiments d’usine soient préservés jusqu’à aujourd’hui avec le prestige d’un classement aux Monuments Historiques (usine Poulain de Blois), d’autres ont été photographiés dans le cadre d’un intérêt privé (manufactures de draps Balsan à Châteauroux), ou n’ont été documentés par la presse que comme décor d’un évènements inhabituel (usine de la SIPRA à Avignon).

Ces trois documents illustrent bien l’importance du contexte de production dans la conservation des archives. L’on peut comprendre ainsi pourquoi ces documents existent, leur but, et la façon dont cela a influencé leur production. Au-delà de la préservation d’éléments visuels, ils donnent ainsi un aperçu de leur relation avec le territoire et ses habitants.